DEGRE 5


Quand l'occasion se présente, j'aime plus que tout travailler chez l'une ou l'autre de mes amies et qu'on se retrouve toutes ensemble entre freelances à faire chauffer nos neurones sur nos ordinateurs avec des moments de divertissement amical ci et là. C'est comme aller au bureau mais en sacrément mieux parce qu'on adore nos collègues, qu'on se motive et se conseille mutuellement ! Récemment, j'ai reçu en cadeau cet ensemble Damart x Andrea Crews (marque que je suis de loin comme styliste depuis un moment) et depuis j'adore m'y plonger pour bosser à "la maison". Il fait parti de la collection pression sport, thermolactyl degré 5, pas besoin de vous préciser que je me sens aussi à l'aise dedans qu'en pyjama si ? SI ?


Je porte le crop top et le pantalon Damart x Andrea Crews.


Issues de leur collaboration, il y a aussi un lot de basiques : du body (que je porte ici) à la petite culotte en passant par le legging pour être en mode "doudou" toute la journée.


Simulation


Mon uniforme hivernal : col roulé noir + jean + converses et hop c'est emballé. Aujourd'hui, j'ai envie de mettre une musique dans cet article (à l'ancienne), peut-être que je recommencerai à en ajouter de temps en temps surtout quand il n'y a pas beaucoup de photos ! Vu qu'il fait moche et froid, j'en profite dès que possible pour rester chez moi à lire (Beauvoir en particulier que je dévore, je suis déjà passé à "La force de l'âge", je ne m'arrête plus, ça me fait un bien fou parce que je me retrouve partout dans ses mots et passe mon temps à souligner des passages entiers) mais aussi écrire, réfléchir. Alors quand Buji dit "Life is a simulation that exists inside my head", ça résonne parfaitement avec mon esprit du moment !



WHAT I'M WEARING

Ypsylone x Cuillère à absinthe


Aujourd'hui, je suis si heureuse de pouvoir vous présenter un projet de longue date. Effectivement, j'ai rencontré Marie Beauchesne derrière la marque Ypsylone (qui ne doit plus vous être tout à fait inconnue maintenant) il y a plus d'un an. A l'époque, son travail était loin d'être aussi défini qu'il l'est à ce jour. Sa marque naissante n'avait pas le même nom, l'idée pour laquelle elle m'a contacté en premier lieu pas la même forme mais son souhait de base : créer des collections de vêtements inspirées par des femmes toutes plus différentes les unes que les autres était déjà bien présent.


Justement, quand Marie est venue à moi, j'étais en plein rejet et en colère contre les attentes que je ressentais de la part de la société, de mon entourage, de mon milieu professionnel concernant le simple fait que j'étais une femme. J'avais peur de devoir m'écraser pour survivre (socialement et professionnellement), de devoir suivre des grandes lignes pré-établies qui ne résonnaient pas en moi, qui ne me correspondaient pas et qui me laissaient dans l'incompréhension la plus complète sur qui j'étais, sur ma "normalité". Je ne comprenais pas le gap entre ce que mes compatriotes, mes amies vivaient en toute simplicité et les questions que je me posais seule qui me rendaient malheureuse un peu plus tous les jours. Depuis ma vidéo "Etre une fille mixte", j'ai évolué, potassé le sujet et compris que le sexe et le genre n'étaient pas inhérents l'un à l'autre. Qu'on pouvait naître fille et ne pas se retrouver dans la construction du genre féminin (sans forcément le dénigrer en retour pour s'en défendre, dieu merci !), qu'on pouvait choisir et surtout que je n'étais pas obligée de me définir vis à vis d'un genre en particulier. Cela peut paraître bête comme ça mais on nous rabâche tellement à longueur de temps que parce que tu es une fille, tu es comme ci, comme ça, tu aimes forcément ci et ça et tu as envie de faire ci ou ça...Accepter que ces préceptes n'étaient pas une réalité immuable m'a délivré. Ce qui me bloquait le plus au fond, c'est que je ne me sentais ni "comme une fille", ni "comme un garçon" dans ma vie quotidienne, juste moi, une personne, je ne croyais dans aucun des modèles binaires à suivre à la lettre qui m'étaient présentés. C'est ce que j'ai essayé de retranscrire dans cette collection miniature de vêtements autour de pièces "neutres" (plus ou moins hein vu l'état des choses aujourd'hui) et unisexes car c'est là où je me sens le mieux, quand mes actions, mon comportement ne sont pas généralisés, expliqués et limités même à quelque chose de soi-disant uniquement féminin ou masculin. Mon idéal absolu serait d'être un ectoplasme, un pur esprit sans corps, sans sexe mais ça, c'est une autre affaire !


C'est aussi à partir de cet instant là que les combats féministes sont rentrés dans ma vie de manière plus poussée (bien que depuis petite, dans ma tête et en théorie en tout cas : je me sentais tout à fait égale aux garçons). Je me suis aperçue que je ne pouvais pas juste être née fille et faire ma vie, non, j'étais née fille et notre société patriarcale "favorite" allait bien me faire comprendre ma douleur et m'enfermer derrière cette étiquette, ce genre prédéfini tout au fil de ma vie, consciemment et bien plus souvent (c'est ça le pire) inconsciemment. Ma révolte a repris mais non plus contre les faux ennemis qu'on avait voulu me présenter facilement jusqu'ici (c'est à dire moi-même qui ne faisait soi-disant pas assez d'efforts pour rentrer dans le moule ou les autres femmes considérées comme de "vraies femmes" par le plus grand nombre, merci la publicité), je visualise mieux les cibles jour après jour et déconstruis ces montagnes de conditionnement qui sentent la pourriture, comprends mieux ce qui m'a amené à ce que je suis, ce que je pense et comment faire évoluer l'ensemble, pour moi mais surtout pour les autres. En pratique, je pense toujours à ma petite sœur : mon souhait le plus cher est qu'elle n'ait pas à ressentir ce que j'ai ressenti, qu'elle puisse se définir librement si elle en a le besoin sans qu'on lui mette des bâtons dans les roues dans un sens ou dans l'autre, qu'elle fasse ce qu'elle entend comme elle l'entend, qu'elle se sente et se sache capable, dans son droit de conquérir le monde. Un simple souhait qui concerne aussi bien toutes les minorités qui font face au racisme, à l'homophobie et à la transphobie tous les jours qui comme le sexisme se cachent de manière pas toujours évidente pour tout le monde dans le quotidien. En avoir conscience, les déloger, les exposer, les déconstruire font partie de mes activités préférées pour continuer d'avancer dans un monde qui me déprime la plupart du temps (edit : j'ai écrit cet article avant l’élection de Trump comme président, je vous raconte pas l'état dans lequel j'étais quand j'appris la nouvelle...).




Revenons au point mode ! Après de passionnants rdv, conversations, croquis avec Marie, les pièces qui sont nées de cette collaboration sont donc ce sweat "Never Gender" qui exprime ma position personnelle sur ma façon de me représenter, la chemise est quant à elle comme mon symbole blanc de paix, d'apaisement face à la question avec le rappel des chromosomes X et Y sur le col et qu'on retrouve aussi derrière le manteau (le gros clin d'oeil au logo d'une de mes marques préférées de casquettes est voulu !)  Les prix sont chers (j'en ai conscience hein) mais la chemise et le manteau sont confectionnés et cousus à la main par Marie en personne.


Je vous invite à découvrir les autres collections Ypsylone et bientôt, vous pourrez même retrouver Marie à nouveau en vidéo puisque qu'elle a participé au TedxCEWomen la semaine dernière concernant...le féminisme évidemment !