10 nov. 2016

COLLECTION | Ypsylone x Cuillère à absinthe


Aujourd'hui, je suis si heureuse de pouvoir vous présenter un projet de longue date. Effectivement, j'ai rencontré Marie Beauchesne derrière la marque Ypsylone (qui ne doit plus vous être tout à fait inconnue maintenant) il y a plus d'un an. A l'époque, son travail était loin d'être aussi défini qu'il l'est à ce jour. Sa marque naissante n'avait pas le même nom, l'idée pour laquelle elle m'a contacté en premier lieu pas la même forme mais son souhait de base : créer des collections de vêtements inspirées par des femmes toutes plus différentes les unes que les autres était déjà bien présent.


Justement, quand Marie est venue à moi, j'étais en plein rejet et en colère contre les attentes que je ressentais de la part de la société, de mon entourage, de mon milieu professionnel concernant le simple fait que j'étais une femme. J'avais peur de devoir m'écraser pour survivre (socialement et professionnellement), de devoir suivre des grandes lignes pré-établies qui ne résonnaient pas en moi, qui ne me correspondaient pas et qui me laissaient dans l'incompréhension la plus complète sur qui j'étais, sur ma "normalité". Je ne comprenais pas le gap entre ce que mes compatriotes, mes amies vivaient en toute simplicité et les questions que je me posais seule qui me rendaient malheureuse un peu plus tous les jours. Depuis ma vidéo "Etre une fille mixte", j'ai évolué, potassé le sujet et compris que le sexe et le genre n'étaient pas inhérents l'un à l'autre. Qu'on pouvait naître fille et ne pas se retrouver dans la construction du genre féminin (sans forcément le dénigrer en retour pour s'en défendre, dieu merci !), qu'on pouvait choisir et surtout que je n'étais pas obligée de me définir vis à vis d'un genre en particulier. Cela peut paraître bête comme ça mais on nous rabâche tellement à longueur de temps que parce que tu es une fille, tu es comme ci, comme ça, tu aimes forcément ci et ça et tu as envie de faire ci ou ça...Accepter que ces préceptes n'étaient pas une réalité immuable m'a délivré. Ce qui me bloquait le plus au fond, c'est que je ne me sentais ni "comme une fille", ni "comme un garçon" dans ma vie quotidienne, juste moi, une personne, je ne croyais dans aucun des modèles binaires à suivre à la lettre qui m'étaient présentés. C'est ce que j'ai essayé de retranscrire dans cette collection miniature de vêtements autour de pièces "neutres" (plus ou moins hein vu l'état des choses aujourd'hui) et unisexes car c'est là où je me sens le mieux, quand mes actions, mon comportement ne sont pas généralisés, expliqués et limités même à quelque chose de soi-disant uniquement féminin ou masculin. Mon idéal absolu serait d'être un ectoplasme, un pur esprit sans corps, sans sexe mais ça, c'est une autre affaire !


C'est aussi à partir de cet instant là que les combats féministes sont rentrés dans ma vie de manière plus poussée (bien que depuis petite, dans ma tête et en théorie en tout cas : je me sentais tout à fait égale aux garçons). Je me suis aperçue que je ne pouvais pas juste être née fille et faire ma vie, non, j'étais née fille et notre société patriarcale "favorite" allait bien me faire comprendre ma douleur et m'enfermer derrière cette étiquette, ce genre prédéfini tout au fil de ma vie, consciemment et bien plus souvent (c'est ça le pire) inconsciemment. Ma révolte a repris mais non plus contre les faux ennemis qu'on avait voulu me présenter facilement jusqu'ici (c'est à dire moi-même qui ne faisait soi-disant pas assez d'efforts pour rentrer dans le moule ou les autres femmes considérées comme de "vraies femmes" par le plus grand nombre, merci la publicité), je visualise mieux les cibles jour après jour et déconstruis ces montagnes de conditionnement qui sentent la pourriture, comprends mieux ce qui m'a amené à ce que je suis, ce que je pense et comment faire évoluer l'ensemble, pour moi mais surtout pour les autres. En pratique, je pense toujours à ma petite sœur : mon souhait le plus cher est qu'elle n'ait pas à ressentir ce que j'ai ressenti, qu'elle puisse se définir librement si elle en a le besoin sans qu'on lui mette des bâtons dans les roues dans un sens ou dans l'autre, qu'elle fasse ce qu'elle entend comme elle l'entend, qu'elle se sente et se sache capable, dans son droit de conquérir le monde. Un simple souhait qui concerne aussi bien toutes les minorités qui font face au racisme, à l'homophobie et à la transphobie tous les jours qui comme le sexisme se cachent de manière pas toujours évidente pour tout le monde dans le quotidien. En avoir conscience, les déloger, les exposer, les déconstruire font partie de mes activités préférées pour continuer d'avancer dans un monde qui me déprime la plupart du temps (edit : j'ai écrit cet article avant l’élection de Trump comme président, je vous raconte pas l'état dans lequel j'étais quand j'appris la nouvelle...).




Revenons au point mode ! Après de passionnants rdv, conversations, croquis avec Marie, les pièces qui sont nées de cette collaboration sont donc ce sweat "Never Gender" qui exprime ma position personnelle sur ma façon de me représenter, la chemise est quant à elle comme mon symbole blanc de paix, d'apaisement face à la question avec le rappel des chromosomes X et Y sur le col et qu'on retrouve aussi derrière le manteau (le gros clin d'oeil au logo d'une de mes marques préférées de casquettes est voulu !)  Les prix sont chers (j'en ai conscience hein) mais la chemise et le manteau sont confectionnés et cousus à la main par Marie en personne.


Je vous invite à découvrir les autres collections Ypsylone et bientôt, vous pourrez même retrouver Marie à nouveau en vidéo puisque qu'elle a participé au TedxCEWomen la semaine dernière concernant...le féminisme évidemment !

21 commentaires:

  1. Merci pour cette belle découverte!
    Je craque trop pour le sweat! <3
    xxx

    Julie, Petite and So What?

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  2. "Mon idéal absolu serait d'être un ectoplasme, un pur esprit sans corps, sans sexe mais ça, c'est une autre affaire !": comme cette phrase me parle et me touche... Je la partage et je te remercie pour ta singularité revendiquée.

    Amicalement,
    Lou.

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    1. Merci à toi Lou, il n'y a rien qui me rend plus heureuse que de savoir qu'on n'est pas seule avec ce ressenti.

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  3. Merci Typhaine c'est vraiment cool que tu abordes cette fameuse théorie du genre, dont trop peu de gens osent parler. Je me suis reconnue à plusieurs reprises, à la fois dans ta vidéo "Etre une fille mixte" et dans ce post et vraiment merci. Et la collection est super :) (ah et si tu as de sites biens sur le féminisme je suis preneuse, merci !!)

    Bonne continuation ! :)

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    1. Merci à toi !

      Des sites, il y en a peu des biens je trouve, en général je prends mes sources sur Twitter en suivant des comptes bien renseignés (type @_BuffyMars / @ayyyvocado / @ValerieCG / @CherCherjournal entre autres) mais je te conseille vivement aussi le site : http://simonae.fr :)

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  4. super merci beaucoup ! :)

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  5. Merci pour cet article! Je n'ai jamais complètement collé aux étiquettes que la société met sur le genre féminin. J'en venais à m' en vouloir, à regretter de ne pas coller dans les moules. En vieillissant j' ai compris, rien ne cloche chez moi, je suis comme je suis, et je me plais comme ça. Alors je ne peux que valider cette collaboration. Et en tant qu' étudiante en mode je valide cette collection. Je bosse moi même sur une collection agenrée, alors peut être que je pourrais revenir t' en parler! ;)

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    1. Et bien, ça serait avec plaisir ! Quand tu le souhaites, ça m'intéresse grandement !

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  6. J'adore ce sweat, il me le faut !!
    Ton article est super !

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  7. Ce que tu dis dans cet article est très vrai, en tant que femme nous devons nous battre, et faire un peu plus que les hommes dans la société actuelle pour pouvoir avancer. Etre reconnue compétente, ne pas avoir à faire face à des commentaires misogynes qui pour la plupart des hommes ne sont que boutades et ne sont pas à prendre au pied de la lettre... Quand on voit à l'heure actuelle que les salaires ne sont pas égaux, je me dis qu'il y a encore beaucoup de travail à faire.

    Malheureusement, je suis déçue par la collection présentée, où tout du moins par le texte écrit par Marie: elle parle de vêtements empruntés au vestiaire masculins (qui sont donc genrés) et elle utilise le mot unisexe. Ici en fait on utilise les codes vestimentaires des hommes, on se réfère à eux comme modèles au lieu de s'approprier pleinement le vestiaire féminin.

    La collection est pour moi genrée du côté de la masculinité. Pour moi elle est clairement orientée vers le vestiaire masculin et non vers un vestiaire masculin et féminin qui alors mixerai les deux.

    Ce qui aurait été fort c'est de mélanger les deux, car ici, la femme abandonne ses vêtements en faveur de ceux des hommes, c'est un peu une faiblesse je trouve. Le féminisme ne se caractérise pas par porter des vêtements d'homme, on à le droit de porter des pièces telles que des jupes, des robes. Il ne faut pas faire disparaitre les codes féminins mais au contraire les assumer et toute faire pour qu'ils soient aussi forts que ceux des hommes.

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    1. C'est marrant parce que quand j'ai découvert le collection en ligne, j'ai comme toi tiqué sur les termes utilisés dans les descriptions donc je comprends tout à fait ta réaction !

      Je suis assez d'accord avec ce que tu dis, c'est aussi exactement ce que j'avais reproché à la collection "Ungendered" de Zara (http://www.cuillere-a-absinthe.fr/2016/03/gender.html).

      C'est pour cette raison que j'ai reprécisé dans la vidéo que je considérais ces pièces comme "neutres", c'est à dire largement aujourd'hui portées autant par les hommes que les femmes (bien qu'encore catégorisées systématiquement et historiquement dans le vestiaire masculin) et ce surtout d'un point de vue purement corporel car le choix des pièces vient surtout de ça, de ma position personnelle vis à vis de mon corps que je ne veux pas souligner comme féminin, ni comme masculin à travers ce que je porte. Une robe ou une jupe aurait pu avoir sa place dans la collection Zara par exemple mais ici la question était principalement de laisser mon corps dans le flou, "Never Gender". Ca aurait été donc étrange d'y ajouter une robe qui aurait forcément bien plus exposer mon corps quand en plus je n'en porte pratiquement jamais au quotidien parce que ce n'est pas "moi".

      C'est pour ça qu'il ne faut pas confondre ma position vis à vis du genre qui a inspiré la collection et le fait d'être féministe. Loin de là. Car en tant que féministe, je suis tout à fait d'accord avec toi sur le fait que les femmes ont besoin de se réapproprier les pièces du vestiaire féminin si elles en ont envie sans être négativement réduites à ce qu'elles portent et que les hommes puissent porter des pièces féminines comme n'importe quel tee-shirt et sans que ça soit vu comme ridicule (d'ailleurs voici un shooting qui est sorti récemment que j'adore : http://www.thecoolhour.com/2016/10/boys-rule-alida-buffalo-editorial/) mais là en l'occurence, ce n'est pas ce que je voulais exposer puisque que personnellement, vis à vis du genre, je ne me retrouve pas dans les codes vestimentaires féminins donc loin de moi l'envie de les assumer à travers une robe ou jupe dans cette collection uniquement parce que je suis née femme, ça serait complètement contradictoire avec ma façon de penser.

      Je ne sais pas si je suis très claire, j'espère que oui :)

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  8. Merci pour de m'avoir répondue, en effet j'ai regardé la vidéo après et j'ai écouté ce que tu avais à dire ! Shame on me de ne pas l'avoir fait avant d'écrire :)

    Continue en tout cas, toi qui a des suiveuses, tes opinions peuvent influencer et je suis ravie de la tournure que prends ton travail, moi qui te suis depuis Skyblog bien que très très rarement à laisser des commentaires !

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  9. Ho, merci, ça fait chaud au coeur de lire ton texte!
    Fais tu partie d'une association/ d'un mouvement? Si oui, pourrais tu nous en dire un peu plus?
    Bonne continuation

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    1. Hé ! Pour le moment, je suis encore en plein apprentissage, je viens par exemple de découvrir le xénoféminisme et je pense être proche de leur courant. Après, mon action pour le moment est d'en parler ici, autour de moi et de reposter les sujets que je trouve importants sur Twitter. Je n'ai malheureusement pas pu être disponible pour rejoindre certains événements auxquelles je souhaitais participer mais ça va venir ! :)

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  10. Typhaine <3
    J'aime beaucoup quand les blogueuses parlent sexisme (justement car c'est un média très populaire à mes yeux - je sais pas si ce que j'entends par là est compréhensible, mais ça fait bien de voir le féminisme abordé à l'extérieur de cercles militants ou de recherche). Bref toi et Pandora en avez parlé récemment, ça fait plaiz'. Et j'avais beaucoup aimé ta vidéo "être une fille mixte" aussi, cool de voir le chemin qu'ont pris ta réflexion et tes ressentis sur le sujet.

    Sinon je voulais te signaler une coquille : tu parles dans ton post de "transophobie" alors que c'est de transphobie qu'il s'agit.

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    1. Bien vu ! On a beau se relire cent fois, il y a toujours des passages qui nous échappent, c'est fou ! C'est corrigé, merci ! :)

      Et oui, je vois ce que tu veux dire, c'est important que ces sujets prennent plus d'espace et même si j'ai longtemps eu peur d'en parler correctement, il était temps !

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  11. Je serais très intéressée d'en discuter avec toi autour d'un café lors d'un prochain passage à Paris, si tu fais ce genre de "rencontres avec mes lectrices" ;) Ton texte me parle beaucoup et je trouve essentiel de discuter et de se rencontrer pour sentir que nous ne sommes pas seuls face à ce monde de plus en plus délirant.
    Je serais aussi très curieuse de savoir comment cela se répercute sur tes relations avec les hommes (car de mon côté je rencontre pas mal de confrontations avec eux, par exemple.) Mais peut-être est-ce trop personnel.
    En tout cas merci Typhaine de partager tes questionnements avec nous :)

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    1. Avec plaisir ! N'hésites pas à me faire signe quand c'est le cas, je ne suis pas très disponible en décembre mais en janvier, si tu es dans le coin, tu me dis ! :)

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  12. Je trouve qu'il y a trop souvent amalgame entre le passage à l'état adulte et revendications feministes. Dans un corps encore en construction, mais à un âge ou les garçons nous regarde comme des petites copines potentielles, c'est normal de sentir un décalage entre ce qu'on sent qu'on attend de nous et notre nature. Je trouve ça normal d'être mal à l'aise face à l'image de la "vraie femme" qu'on nous balance 24h sur 24h, de ne pas savoir ou se situer. Grandir c'est s'assumer et comprendre qui on est, faire tout pour être fort, en tant qu'être humain, pas forcemment femme, je trouve. C'est comprendre que le marketing n'est pas la vie, après, se battre pour que la société ne créé pas d'inutiles complexes à partir de fausses images (de la femme, du genre de vie qu'on est sensé mener, de ce qui est sensé nous apporter du plaisir/bonheur...) c'est un autre combat, aussi louable soit-il, je trouve.

    ( et merci de m'avoir répondu par rapport à ton job de mixeuse, il y a quelques jours ^^)

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