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CULTURE | Retour sur Les Mots

Je vous en parlais déjà très rapidement sur Instagram début octobre : j'ai participé à des ateliers d'écriture sur une période de trois mois (dix séances de deux heures au total qui se sont terminées la semaine dernière) à l'école Les Mots, située dans le quartier de Saint Michel. La thématique que j'ai choisie : "Formes et pratiques de l'autofiction" (j'ai longuement hésité avec "Trouver sa voix") dirigée par Chloé Delaume, écrivaine réputée de "Les sorcières de la République" sorti en 2016 (entre autres). Les Mots se proclame comme un lieu d'apprentissage de l'art d'écrire donnant accès à des sessions diverses à des prix variés (comptez bien 400 € pour un cursus complet tout de même) et si vous jetez un œil au site, vous trouverez toutes sortes de sujets à travailler comme "L'art de raconter, ou comment écrire à partir d'un fait divers", "Maîtriser la narration et les points de vue" ou encore "Écrire pour Youtube". 


Pourquoi avoir défini mon choix sur l'autofiction

Si j'écris régulièrement et ce depuis mes toutes premières pages roses dans mon journal intime Diddl, mes écrits sont et restent à ce jour cachés puisqu'ils concernent principalement ma vie et mes réflexions personnelles au fil des années. J'ai vaguement partagé un bout de mes productions il y a fort longtemps avec certaines d'entre vous (les plus anciennes) sur un blog semi-privé (hors ligne depuis bien sûr) où je n'y allais pas de main morte dans la description de mes journées lycéennes et de mes états d'âmes moroses qui les accompagnaient comme de ma relation très conflictuelle avec mon père. Tout prenait chair dans mon quotidien, sans tabou. Mis à part quelques poèmes, chansons et autres petits bouts de textes, je n'ai jamais rien écrit de définitivement romanesque. Et pourtant, je consume ma vie à lire, surtout des essais mais aussi parfois des fictions classiques (toujours un livre dans la poche de mon manteau). Si je ne m'aventure jamais en dehors de ce cocon, c'est parce que je me suis toujours considérée comme une balbutieuse du net, je n'écris pas : je parle en ligne. Les milliers d'articles que j'ai écrit ici, plus ou moins élaborés au fil du temps, comptent à mon sens pour du beurre (j'ai honte de l'époque où je me servais de smileys pour clore des phrases et de mes multiples mots inventés). Exemple : on m'a récemment proposé d'écrire des articles pour un site web assez connu et bien que j'y réfléchisse encore, il y a toujours une part de moi qui hurle "Non mais allô, t'es pas journaliste meuf, encore moins écrivaine, tu peux pas te permettre de faire ça !" (syndrome de l'imposteur, je te salue !). Imaginez écrire un livre ! Même pas en rêve !

Prendre un cours d'écriture et ce dans un domaine que je pratique plus ou moins déjà comme un passe-temps, c'était me permettre de voir ce que j'avais dans le ventre en douceur dans un contexte différent.

Résultat : pas grand chose. Je m'explique !


Premièrement, sur les dix cours, je n'ai pu finalement assister qu'à la moitié et ce à cause d'un emploi du temps éclectique et de priorités professionnelles dont je ne pouvais me libérer. Mais dans le lot, il y a aussi eu le fait que je n'avais parfois pas la force d'y aller. Excusez donc mon avis forcément un peu tronqué. 

Si je devais décrire cet atelier (et cela concerne uniquement ce que j'ai vu et ressenti avec Chloé Delaume), la seule image qui me vient à l'esprit, c'est celle d'une roue libre dans une salle d'attente de psychanalyste. Chloé nous a surtout donné des points de départ : "Présentez vous en je, puis en elle/il", "Parlez d'un moment de votre vie important, avec un avant et un après", "Ecrivez une nouvelle", "C'est votre corps qui vous parle". Mis à part quelques suggestions de lectures d'autofictions (dont la fabuleuse Sylvie Salvayre qu'on a rencontrée à la librairie Violette & Co ♥), il n'y avait autrement dit aucune direction à suivre en particulier. Ce qui fait que si j'ai été amené à écrire des passages (durs à accoucher parfois) qui n'auraient jamais existés sans ces heures passées au sous-sol de chez Les Mots et à les lire pour la première fois à haute voix à des personnes que je ne connais pas (je vais revenir sur ce point), je n'ai tout bonnement rien appris. Ce n'est pas forcément une constatation négative en soi mais ce n'était pas ce que je recherchais, ni ce qui allait me permettre de prendre confiance en moi sur des bases techniques (Chloé en avait par ailleurs très bien conscience qu'elle n'était pas aussi professorale que d'autres intervenants), on m'a bien fait "pratiquer l'autofiction", soit mais c'est tout bonnement tout. Puis entre nous, je n'ai jamais pu me détacher un seul instant de cette impression que ce que j'écrivais, c'était bien de la merde par rapport aux autres, j'avais un peu honte.


Mais ! Ces cours m'ont permis d'intercepter à travers leurs textes des personnes de tous âges que je n'aurai jamais croisées dans ma vie (j'adore cette sensation !). Ce fut le point le plus passionnant pour moi : écouter les autres lire ce qu'ils sont. Dès le premier atelier, chacun avec son style proclamait en quelques phrases sa personnalité, parfois même sans s'en apercevoir. On écrivait tous assez instinctivement, avec peu de temps pour nous relire, corriger nos maladresses, c'était spontané et vrai, comme si qu'importe ce qu'on veut faire percevoir de nous, quand on écrit, on oublie quelques barrières sur le chemin (même si dans le fond on ne parle que d'une tomate). 

Il n'empêche que ces rendements à l'oral m'ont fait suer ! La première fois j'ai cru que mon cœur allait faire un bon ; je m'étais jusqu'alors imaginé qu'on allait déposer nos textes en fin de cours attendant les remarques de Chloé au prochain (plus scolaire tu meurs), pas qu'on allait publiquement s'annoncer devant des inconnus. La bouche sèche, les mains qui tremblent, la voix qui déraille, cela faisait des années que je n'avais pas ressenti ces symptômes en public (ça m'a rappelé mes débuts au théâtre). C'était aussi la première fois que je lisais moi-même ma propre voix écrite. Je m'entends quand je pose ce que je dis sur le papier mais jamais je ne déclame mes phrases ni ne surprend qui que ce soit les lire, l'ensemble reste muet et ne résonne que dans ma tête. C'était fort gênant et difficile tout d'un coup de dire "Je" aussi franchement à l'oral et devant un auditoire attentif quant il m'est si facile finalement de l'employer à tort et à travers à l'écrit (parfois même trop !). Et "je" en autofiction, on ne peut pas y échapper, c'est le point de départ de tout le reste !


En définitive, ce que m'a surtout apporté cet atelier (en dehors de cette rencontre intimidante avec Chloé Delaume qui m'a assez subjuguée dans son genre), c'est la sombre révélation que je ne suis pas prête encore à me dévoiler si intimement à l'écrit sans blocages et détournements (parce que j'y ai pensé !). Si j'aime à parler ici de mes goûts culturels ou de mes pensées sur l'actualité, aller en profondeur sur ce que je ressens intimement, sur mon histoire personnelle à proprement dite, les bons comme les mauvais moments et en mon nom : non. J'espère réussir à lâcher prise un jour parce que dans le fond, c'est si frustrant d'avoir tant à exprimer, à partager mais de ne le pouvoir.

PS : J'y pense mais si vous avez un.e ami.e qui écrit, ça peut être une chouette idée de cadeau de Noël !
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