19 févr. 2018

CULTURE | Trahisons, Du ring à la scène, Nouveau(x) genre(s)...


Spécial théâtre ! 


"Trahisons" de Harold Pinter 
mis en scène par Christophe Gand
au Lucernaire
du mardi au samedi à 19h
et le dimanche à 16h
jusqu'au 18 mars 2018


"1 femme, 2 amis, 3 amours. Jerry et Emma se retrouvent deux ans après leur rupture. Elle est la femme de Robert, ami de longue date de Jerry. Pinter autopsie les liens amoureux et amicaux : des séparations aux rencontres, des aveux aux mensonges, des secrets aux trahisons."

Le classique triangle amoureux par le classique Pinter, recette simple mais efficace ! Vue un dimanche, seule, entourée que de personnes retraitées, j'avais l'impression d'être une totale ingénue face à cette histoire d'amour. Je sentais bien que la pièce ne me parlait pas comme à eux, ces spectateurs d'un certain âge (elle se passe dans les années 70 en plus) ; je n'ai jamais été mariée (et ne compte pas l'être), je ne sais pas ce que c'est d'être plus de 10 ans avec la même personne, d'avoir des enfants, des amis de la famille avec qui les limites se brouillent et se franchissent ; j'ai gobé la pièce tel un feuilleton divertissant des Feux de l'amour. Vous allez rire mais la personne à laquelle je m'identifiais le plus, c'était le jeune homme qui changeait le décor après chaque scène avec des mouvements dansés d'une délicatesse rigolote. Pas de grande surprise ni dans le jeu, ni dans la mise en scène. Tout se tient, on passe un moment sympa, impossible d'être purement déçu ou ému (du moins si votre expérience se rapproche de la mienne). Si vous souhaitez aller voir une pièce de qualité avec vos parents par exemple, sans prise de risque, celle-ci fera tout à fait l'affaire !



"Du ring à la scène" d'Ingrid Graziani
au Théâtre Montmartre Galabru
tous les lundis à 20h
jusqu'au 2 avril 2018

"Je m'appelle Ingrid, je suis championne du Monde de boxe et je suis une fille. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai commencé la boxe : les tenues flashy ! La corde à sauter ! Les régimes ! Puis sans crier gare, je suis passée du côté obscur de la force. Parce qu'avec 20 heures d'entraînements hebdomadaire, ta féminité tu peux la mettre dans ton cul. La testostérone te rentre par les trous de nez, physiquement tu ressembles plus à Popeye qu'à Olive, tu gères les pompes claquées et ton héros c'est Rocky ! Et donc ... Je m'appelle Ingrid, je suis célibataire parce-que je provoque chez les hommes un flagrant conflit de virilité. Quel dommage, j'ai la peau si douce ! Du ring à la scène c'est la vraie histoire drôle de ma vie."

Sur les trois spectacles que je vous présente aujourd'hui, "Du ring à la scène" est sûrement celui qui m'a le plus touchée. Pourtant, je n'avais jamais entendu parler d'Ingrid, ni en championne de boxe, ni en prétendante à Miss France en 2003 ou comme comédienne. Je l'ai complètement découverte, elle et son histoire personnelle ce soir là. Au début de ce "woman show", je gardais mes distances avec cette inconnue et ses blagues sur le milieu de la boxe, sur les remarques qu'on lui a faites parce qu'elle était toujours vue comme un mec par ses camarades, ayant peur que ça tombe facilement dans les clichés genrés potaches (sans parler de l'utilisation du mot "black" sur lequel mes dents ont grincé...) mais petit à petit, sa quête pour trouver sa féminité à travers ses différentes expériences de vie m'ont fait sourire. Ses imitations sont les petits bijoux du spectacle, c'est là où je l'ai trouvée la plus douée dans un sens. Que ce soit en hôtesse de l'air multi-langues, en belle-sœur croulant sous les gamins, en présentateur télé, chaque sortie de son propre personnage égaillait l'ensemble. Les passages qui m'ont le plus fait rire sont ceux de ses débuts dans le monde du théâtre. J'avais cette réaction typique qui incite à rigoler parce que "C'est tellement ça !" (son audition au Conservatoire, j'en ris encore). Ingrid se métamorphose sur scène, elle image sa recherche d'elle-même après "sa petite mort" qui dépasse finalement la problématique posée en premier lieu du genre féminin avec une honnêteté ironique pour finir sa course au début de tout, frappant l'air de toutes ses forces ; un final qui m'a ému plus que de mesure. Merci Ingrid ! ♥



"Nouveau(x) Genre(s)" de Caroline de Diesbach
à la Manufacture des Abbesses
du lundi au mercredi à 21h
et le dimanche à 20h
jusqu'au 7 mars 2018


"Dans une forme mêlant théâtre, chant, vidéo et musique, une femme interroge son rapport au genre. De la scène à l’autre scène, c’est l’inconscient qui est convoqué. Révélant une parole intime, inspirée de séances psychanalytiques, le jeu des deux actrices, analyste et analysante produit un effet miroir, le spectateur y découvre ses propres interrogations. C’est toute l’énigme de la féminité qui est interrogée. Désir, féminité, fantasme, langage… Le spectateur y entend les effets de la langue.

Plus qu’un spectacle, « Nouveaux Genres » est une véritable expérience qui ouvre le champ des possibles. Sans prétention, ni théorie, ni volonté de maîtrise, il lève un voile sur la pratique de la psychanalyse. S’intéressant à ce qu’il y a de plus singulier en chacun, cette expérience d’analyse opère une véritable rencontre avec le public."

Une autre façon de parler du genre et alors là, on ne pouvait pas être plus éloignée dans le registre. Résolument, je ne suis pas sûre d'avoir très bien compris la pièce surtout parce que contrairement à son titre et à son résumé, je n'ai pas trouvé que le sujet du genre était tant central que ça, j'irai même jusqu'à dire à peine abordé. Oui, Caroline de Diesbach se questionne sur ce que c'est d'être au féminin, chante même sur les classiques positions de femme ou putain (entre nous, la seule chanson que j'ai aimée est celle sur "Les Machins") mais rien n'est vraiment remis en doute ou transfigurer, où est la nouveauté alors ? Je ne sais pas vraiment à quoi je m'attendais, peut-être à plus de bousculements dans le propos ? Surtout vu le contexte choisi ! La mise en scène très répétitive à son charme, le constant retour au bureau de la psychanalyste jouée par Isabelle Gomez, épouvantail humoristique avec son "Venez" autoritaire et "On s'arrête là", parfois très comique de part sa façon si brutale de conclure les pensées de sa patiente mais ensuite ? Les points abordés qui m'ont le plus parlés concernaient ses questions sur l'amour : comment aimer, puis-je aimer ? Peut-être que je n'y ai pris que ce qui me taraude personnellement, dédaignant ce qui me semble résolu ? En somme, ce spectacle est une immersion dans l’intimité de ce qu'est une forme de psychanalyse, laissant ici et là plein de points d'interrogations en l'air ; j'en suis sortie confuse (comme après une vraie séance ?) mais au final est-ce une si mauvaise chose ?


2 commentaires:

  1. Thanks for finally talking about >"CULTURE | Trahisons, Du ring a la scene, Nouveau(x) genre(s)..." <Loved it!

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  2. La programmation du Lucernaire est vraiment moins innovante, folle, risquée cette année, c'est dommage. J'espère que la saison estivale sera plus enthousiasmante et - surtout - qu'ils auront réparé leur climatisation !

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